• Florence Salvetti

Photographier la danse : rencontre avec Jean Aballéa, alias ABL


Du 28 septembre au 16 octobre 2020 se tenait au centre d’animation de Beaulieu une petite exposition photographique : Poitiers par ABL, quand la nature reprend ses droits.


Découvrant par hasard un soir l’existence de cette exposition, je m’y suis précipitée le lendemain avant que les portes ne soient closes. Voilà comment on égaye une de ces matinées d’automne pluvieuse et morose ! Je n’ai pas été déçue. L’exposition a d’ailleurs été prolongée en raison de son succès. Jean Aballéa, le photographe, a accepté de m’accorder un entretien lors duquel il a répondu aux nombreuses questions que je me suis posées. L’artiste a de multiples projets. Son travail touche à des domaines variés parmi lesquels figure la danse qui a inéluctablement retenu l’attention d’une passionnée.

Béatrice Baumgarten Servant et ses élèves par ABL.

© ABL


Une exposition post apocalyptique

Du 28 septembre au 16 octobre 2020, dans l’enceinte du modeste Centre d’animation de Beaulieu à Poitiers, s’est tenue une exposition photographique qui avait de quoi interpeller le spectateur : Poitiers par ABL, quand la nature reprend ses droits. En ces temps où le monde se remettait doucement du confinement, pour finalement se confiner à nouveau, l’exposition qui se voulait post apocalyptique évoquait bien de nos démons. Elle donnait à voir dans une quinzaine de grands formats semi-réalistes ce que seraient Poitiers, et plus anecdotiquement Paris et Quimper, après une catastrophe dont la nature est volontairement passée sous silence. Mais on pressent qu’elle pourrait avoir quelque rapport avec l’écologie, le nucléaire ou le Covid. Ce dernier aura au moins eu la vertu de révéler quelques artistes.


L’univers d’ABL

Jean Aballéa, alias ABL, jeune photographe autodidacte et comptable de formation, est de ceux-là. Personnalité montante à Poitiers, s’inspirant de l’univers de Tim Burton, Lewis Caroll et Marc Chagall, il a pour centres d’intérêt le fantastique, le cosplay, la mode, le portrait, et la danse. L’exposition susdite qui a pris forme sur les trois mois de confinement s’est d’ailleurs substituée à un projet antérieur, une exposition photographique sur la danse. On espère qu’il sera repris. L’amateur d’images et adepte des réseaux sociaux a sans doute aperçu ici ou là l’un ou l’autre de ses clichés, assez reconnaissables par leur étrange ambiance où se mêlent avec succès la prose urbaine à l’onirisme. La danse se prête parfaitement à cette démarche. On aura d’ailleurs pu le constater en voyant fleurir un peu partout sur la toile des photos qui brisent les codes habituels en extrayant le danseur de son milieu feutré. De fait, celui-ci n’est plus un être qui évolue et est visible en intérieur seulement. S’exercer en lieu clos est même soudainement devenu problématique. Le danseur pratique et se montre désormais en extérieur. Son corps sculptural rivalise avec les plus belles architectures ou contraste avec les plus vilaines. Au grand jour, à l’aune d’une autre échelle, sa plastique sublimée nous permet de considérer autrement l’écart entre la nature et l’art. S’inscrivant dans cette mouvance photographique de la danse non pas en dehors mais au-dehors, les photos d’ABL ont de quoi séduire et faire réfléchir.


Travailler avec des danseurs

Jean Aballéa travaille avec des danseurs professionnels et non professionnels à Paris, à Bordeaux et à Poitiers où l’on danse énergiquement enfin ! depuis que la dynamique Béatrice Baumgarten Servant anime les cours de classique au centre Yofox ouvert en 2017. Chaque shooting est différent, constate Jean Aballéa, car chaque danseur a sa personnalité, ses motivations et ses exigences. L’artiste ne s’intéresse pas exclusivement au classique. En ce qui concerne la danse, le maître mot est pour lui l’apesanteur, et c’est bien cette impression qui se dégage de la plupart des clichés. La technique ne compte pas avant toute chose. Il laisse soin au danseur d’en juger lors des tirages. Ce qui est important, c’est la saisie d’une émotion, d’une expression, d’un effet : « Peindre non pas la femme », disait Mallarmé, « mais l’effet qu’elle produit ». Photographier non pas la danseuse, mais l’effet qu’elle produit, pourrions-nous dire : effet de grâce, de vulnérabilité, de force aussi, et de structure. Le danseur d’aujourd’hui a quelque chose de grec. C’est un athlète bâti pour un monde rude.


Béatrice Baumgarten Servant par ABL.

© ABL


Entre la photographie et la peinture


Jean Aballéa réalise ses photos à l’aide du numérique. Il les retouche parfois. Mais la retouche n’a rien de fallacieux, contrairement à ce qui peut se faire dans le milieu. Son art n’est pas sophistique. La retouche est artistique. Elle est justifiée en vertu de l’atmosphère recherchée sans intention de tromper. Le travail numérique sur la lumière, la superposition d’images ainsi que l’intégration d’éléments imaginaires aux prises réelles, font toute l’originalité de l’univers d’ABL. De cet art de la composition graphique naît une certaine ambivalence. Les clichés tiennent en effet de la photographie comme « certificat de présence », dirait Barthes, puisqu’on y reconnaît des lieux familiers, et cela plaît. Mais ils tiennent également de la peinture, d’une peinture résolument futuriste. Les grands formats renforcent cette impression de tableau.



+ d'infos :

Instagram : abl_photographe

Facebook : ABL.Photographie

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